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ARRAS
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Historiquement, Arras était, sous l'Ancien Régime, la capitale de la province de l'Artois, un grand centre religieux et une cité prospère connue pour ses fabrications drapières. Ville universitaire, Arras se caractérise aujourd'hui par sa grande jeunesse : en effet, 33 % des habitants de l’agglomération ont moins de 25 ans. Elle est également célèbre pour son Main Square Festival qui se tient chaque année en juillet et qui est devenu un événement musical majeur en France.
Arras est réputée pour ses deux magnifiques places baroques qui forment un ensemble architectural unique au monde, son beffroi et sa Citadelle, tous deux classés au patrimoine mondial de l'UNESCO. Avec 225 édifices protégés au titre des monuments historiques, Arras est la ville avec la densité de monuments la plus importante de France.
L'homme de Néandertal occupe la région, à proximité d'ArrasNote 6, il y a 200 000 ans36.
À l'époque gauloise, les Atrébates sont installés en Artois.
Article détaillé : Nemetacum (ville romaine).
La région est conquise par les Romains en 56 av. J.-C., lors de la guerre des Gaules. Vers 15 av. J.-C. naît le village de Nemetacum sur la colline de Baudimont, que les Romains choisissent comme
capitale des Atrébates. Il devient une ville d'importance moyenne, couvrant environ 30 ha, qui fut fortifiée lors des premières incursions de peuples germaniques au IIIe siècle
Au IVe siècle, Nemetacum était un centre d'artisanat et de commerce réputé pour ses textiles exportés vers tout l'empire
En 406-407, les Germains détruisent la ville
En 428, les Francs saliens menés par Clodion le Chevelu conquirent toute la région jusqu'à la Somme. Le général romain Aetius préféra négocier la paix et conclut avec Clodion un traité (fœdus) qui fit des Francs, des « fédérés » combattant pour Rome.
Lors de leur invasion de la Gaule en 451, Attila et les Huns dévastent Arras et plusieurs villes de la région, Thérouanne, Tournai, etc., avant de se diriger vers Amiens et Paris
Après la conversion de Clovis, un évêché fut créé à Arras en 499, et confié à saint Vaast ; mais il fut rapidement rattaché à celui de Cambrai.
Saint Aubert, évêque de Cambrai, transfère le corps de saint Vaast sur les bords du Crinchon et fonde l'abbaye Saint-Vaast en 667.
Au IXe siècle, Arras devient la résidence privilégiée des comtes de Flandre qui y établissent une châtellenie héréditaire.
En 1025, l'évêque d'Arras, Gérard de Cambrai, réunit en l'église Sainte‑Marie un synode pour lutter contre une hérésie, qui sera réprimée.
En 1105, une épidémie provoquée par un champignon sur le blé touche la ville, puis cesse. Certains parlent du « miracle de la Saint Chandelle »
Dans la nuit du 24 au 25 mai 1105, une femme vêtue de blanc apparaît à deux trouvères, Itier et Norman. Ces deux musiciens entretiennent une haine profonde depuis que Norman a tué le frère d'Itier. La mystérieuse femme (la Vierge Marie) leur intime de se rendre à la cathédrale d'Arras, où 144 personnes agonisent du mal des ardents (intoxication à l'ergot de seigle), une maladie mortelle qui frappe l'Europe du Nord. Comme en beaucoup de villes de France, le mal des ardents fait rage à la fin du printemps, au moment où les dernières céréales qui ont passé l'hiver ont pu être infectées par une moisissure.
Quelques heures plus tard, une nouvelle apparition. La femme, cette fois, tient un cierge qu'elle s'apprête à leur remettre. Mélangée à de l'eau, sa cire guérira les malades qui boiront ce breuvage. Elle ordonne aux deux trouvères de s'associer l'un à l'autre pour accomplir sa mission. Les deux hommes doivent se réconcilier. Après moult revirements, les deux ménestrels acceptent. Il leur est remis le cierge miraculeux et les malades sont sauvés. Quatre vitraux rappellent cette légende dans l'église Saint-Nicolas-en-Cité tandis que le cierge miraculeux est vénéré en l'
église Notre-Dame-des Ardents
Des activités liées à l'eau sont possibles grâce à l'emplacement de la ville : les bateaux peuvent accoster place de l'ancien rivage, et l'eau du Crinchon est utilisée dans la fabrication des tissus9. Au XIIe siècle, le développement important des institutions et de l’économie grâce à l’abbaye Saint-Vaast permet à la ville de compter onze églises. La prospérité de la ville se traduit dans la reconstruction de sa grande cathédrale en 1161, la cathédrale Notre-Dame-en-Cité, aujourd’hui complètement disparue car détruite sous la Révolution48,49. En 1163, la ville se dote d'une charte pour les affaires de la cité, qui sert d'exemple aux villes de Flandres.
Arras compte environ 35 000 habitants50 qui développent un commerce jusqu’à l’Orient grâce à l’industrie drapière : les tapisseries d’Arras sont connues jusqu’en Italie sous le nom d'arazzi et en Angleterre tout simplement sous le nom d’arras51. En Pologne, à Cracovie, le château royal du Wawel abrite plus de cent pièces, la plus importante et la plus précieuse collection de tapisseries d’Arras de l’époque de la Renaissance.
En 1191, le traité d’Arras est signé : le territoire actuel du département entre dans le giron du domaine royal.
La ville est ensuite bourguignonne du XIVe siècle au XVe siècle.
En 1415, Colart de Montbertaut, mayeur d'Arras, trouve la mort lors de la bataille d'Azincourt en 141552.
En 1430, Jeanne d'Arc, prisonnière, est enfermée dans la région d'Arras, peut-être au château de Bellemotte à Saint-Laurent-Blangy53. La paix d’Arras de 1435 réconcilie les Valois de France et de Bourgogne, et met fin aux guerres commencées en 1345.
Arras et l'Artois marquent la frontière Ouest de ces territoires, devenant une zone majeure des conflits internationaux.
En 1460, commença à Arras un des plus célèbres procès en sorcellerie de l'Inquisition, la grande vauderie d'Arras54.
Dans la seconde moitie du XVe siècle, la ville d'Arras subit d'énormes bouleversements. Après avoir, en août 1463, racheté les villes de la Somme dont Arras, de son oncle Philippe III de Bourgogne, Louis XI y séjourna paisiblement en janvier 1464. Par ses lettres patentes expédiées en février 1464, le roi autorisa une foire de trois jours par an à cette ville, afin que la fuite de devises soit diminuée, en raison des foires puissantes d'Anvers et de Bruges55. Selon le Traité de Conflans (1465) puis celui de Péronne (1468), le roi dut les rendre à Charles le Téméraire. À la suite de la mort de ce dernier, l'armée royale occupa Arras en mai 1477, après plusieurs mois de batailles. Imposée alors de 43 000 écus d'indemnité, la ville se vida rapidement.
Louis XI voulut la repeupler de gens mecquaniques de tous estats, mestiers et vacations empruntés aux principales villes de France. Par exemple, Laval dut fournir son contingent qui part le 2 juillet 1477. Ils arrivèrent dans la ville désolée, et bien peu y demeurèrent malgré les privilèges étendus qui leur y étaient offerts. Très peu néanmoins revinrent dans leur ville natale56.
Le 4 juillet 1479, Arras devint française57. Le traité d'Arras (1482), la paix entre la France et l'Autriche, conclut que l'Artois entrait dans la dot de Marguerite d'Autriche, fiancée du futur Charles VIII. Les anciens habitants refuges jusqu'à Lille et à Roubaix commencèrent à revenir, notamment les bourgeois. Enfin, en 1491, le mariage obligé de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, selon une situation politique délicate, fit rendre la ville d'Arras au Habsbourg, avec Marguerite d'Autriche qui avait grandi à Amboise, fille de feue Marie de Bourgogne58.
L'entrée du roi Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse à Arras le 30 juillet 1667. Toile d'Adam François van der Meulen (château de Versailles).
Au début du XVIe siècle, l'Artois est disputé lors des guerres opposant François Ier et Charles Quint. En 1525, il n'y a plus qu'une centaine de marchands à Arras59. L'activité textile ne s'améliore guère par la suite ; les conflits font fuir les artisans à Lille et Roubaix60. Le Traité de Madrid de 1526 rattacha Arras aux Pays-Bas espagnols, mais il ne fut pas respecté par François Ier ; les conflits continuèrent jusqu'à la fin de son règne.
Lors de la Réforme qui enflamma la région, la ville d'Arras demeura fidèle au camp catholique, et signifia sa loyauté au roi d'Espagne lors de l'Union d'Arras en 1579. Ponthus Payen, bourgeois d'Arras, écrivit sur la révolte des Gueux (1566 et 1567) ainsi que sur « les troubles d'Arras » de 1577 et 1578.
Elle est conquise par Louis XIII en 1640 après un siège puis assiégée par les Espagnols en 1654 (épisode du secours d'Arras) ; Vauban participe à sa défense sans commander61 et la ville est reprise par Turenne. Cependant, le rattachement à la France n’est définitif et ratifié qu’en 1659 par le traité des Pyrénées.
Plan d'Arras selon Jean Dessaily - 1704.
Plan d'Arras en 1793.
En 16689, la ville intègre le projet régional défensif de Pré carré de Vauban avec la construction de la citadelle. Elle est localisée en bas à gauche de la carte ci-contre.
En 1749, la Ville et la Cité d'Arras, possédant leur administration distinctes et séparées par un rempart, sont unies pour ne former qu'une. Le pouvoir échevinal de la Cité est transmis à celui de la Ville et supprimé.
En 1750, le secteur du textile n'a plus beaucoup de fabricants. L'activité est orientée vers l'alimentation (épiceries, boulangeries, boucheries, marchands de vin, etc.) et l'artisanat (à la suite de l'essor du bâtiment durant tout le siècle)62.
Maison de Maximilien de Robespierre, construite en 1730, située rue Maximilien-de-Robespierre (ex-rue de la Gouvernance). Il y logeait de 1787 à 1789 avec sa sœur Charlotte et son frère Augustin et c'est là qu'il rédigea les textes prérévolutionnaires.
Longtemps abandonnée, cette maison vient d'être restaurée, devenue aujourd'hui un musée retraçant pour partie la vie de Robespierre et pour l'autre partie, l'histoire du compagnonnage.
Le roi George V inspecte le H.M. Gun « Boche Buster », canon naval de 14 pouces monté sur chemin de fer, à Marœuil, à 10 km au nord-ouest d’Arras, en France, le 8 août 1918.
Maximilien de Robespierre, natif d'Arras, est élu le 26 avril 1789 avec sept autres députés du Tiers état de l’Artois. Lors de la Révolution française, la municipalité est d’abord dirigée par Dubois de Fosseux, hobereau érudit, secrétaire de l’Académie d’Arras et futur président du Pas-de-Calais.
En compétition avec Aire-sur-la-Lys, Calais et Saint-Omer, Arras obtient finalement la préfecture du Pas-de-Calais.
De novembre 1793 à août 1794, se déroulent dix mois de terreur : la ville est alors sous la dictature de Joseph Lebon, maire d'Arras et député du Pas-de-Calais, qui instaure des restrictions alimentaires, ordonne 400 exécutions et détruit beaucoup d’édifices religieux (la cathédrale Notre-Dame-en-Cité notamment)48,49). Il fut lui-même guillotiné pour « ... avoir tyrannisé et avili les autorités constituées, en déclarant que les maisons des membres du conseil général d’Achicourt seraient rasées, si les femmes, les baudets, les provisions de cette commune cessaient d’arriver en abondance sur le marché d’Arras... »63.
Fin août 1804, l'empereur Napoléon Ier visite Arras. Devant l'état de délabrement de la cathédrale Notre-Dame-en-Cité, qui avait été transformée en carrière de pierre sous la Révolution, il décide de faire raser les ruines, tandis que l'église abbatiale Saint-Vaast est érigée en cathédrale64,44,65.
Arras voit stagner sa démographie et son activité économique alors que Lille sous le coup de la révolution industrielle explose. Sous l’impulsion d’Émile Legrelle, maire dynamique, Arras démantèle une partie de ses remparts pour établir de vastes boulevards périphériques, réaliser un nouveau réseau d’égouts, et se dote d’une nouvelle gare ferroviaire en 1898 (la précédente, ouverte pour l’ouverture de la ligne Paris - Lille, datait de 1846).
Le 28 mars 1904, à la grande époque des Expositions universelles, a lieu l'ouverture à Arras de l'Exposition du nord de la France. Elle dure jusqu'au 9 octobre. Le président de la république Émile Loubet et Émile Combes, président du conseil, viennent la visiter le 23 mai 66.
Entre 1912 et 1914, le 33e régiment d'infanterie fut caserné à Arras. À cette époque, son chef était le colonel Philippe Pétain, qui avait parmi les officiers sous ses ordres le sous-lieutenant Charles de Gaulle.
Les bois et forêts où les armées tentaient de se cacher ont été ravagés par les pilonnages, ici entre Arras et Bapaume.
Destructions de la Première Guerre mondiale.
La Première Guerre mondiale inflige des destructions considérables au patrimoine arrageois car la ville était située à moins de 10 km du front, et elle était l’enjeu des coûteuses batailles d’Artois.
L'état-major de la 3e brigade d'infanterie se trouve à Arras lorsqu'est décidée la mobilisation générale le 1er août 1914. L'état-major commandé par le général Duplessis comprend un capitaine, un lieutenant et dix hommes. Le 5 août 1914, il part d'Arras vers Hirson, via Valenciennes et Avesnes-sur-Helpe. Il va combattre à l'est67.
Dès le 31 août 1914, les cavaliers uhlans sont à Tilloy-lès-Mofflaines, et une patrouille de soldats fait une première incursion dans Arras, suivie le 6 septembre, de 3 000 hommes et d'un état major (commandés par le général Hans-Jürgen von Arnim) qui s'installe dans les casernes, la citadelle et en ville. Un régiment de goumiers arabes tente de défendre les environs de la ville. En septembre, les soldats de Louis Ernest de Maud'huy repoussent une partie des troupes allemandes ; on creuse des tranchées dans les faubourgs d'Arras. L'hôtel de ville d'Arras brûle le 7 octobre et le beffroi est détruit le 21, puis la cathédrale et le palais Saint-Vaast sont victimes des bombardements en juillet 1915.
Le 1er janvier 1916, l'abbé Guérin fonde un hebdomadaire Le Lion d'Arras pour soutenir la population68.
En secret, les Britanniques transforment les carrières de craie sous la ville pour qu'elles puissent accueillir les 24 000 soldats nécessaires au bon déroulement de la bataille d'Arras du 9 avril 1917. Le site de la Carrière Wellington rappelle aujourd'hui cette série de faits qui font d'Arras l'un des deux théâtres majeurs de l'Offensive Nivelle.
Après la guerre, la ville, ravagée aux trois quarts69, a été décorée de la Croix de guerre 1914-1918 le 30 août 191970. Elle est reconstruite presque à l’identique, et en profite pour s’étendre. Dans les arrondissements d'Arras et Béthune, 150 000 ha de terres sont stérilisés71.
Article détaillé : Bataille d'Arras (1940).
Article détaillé : Reconstruction en France après la Seconde Guerre mondiale.
Le 22 septembre 1922, à la briqueterie Durand, des Belges exhument un trésor du IIe siècle et du IIIe siècle72.
Le 22 novembre 1931, le maréchal Philippe Pétain vient inaugurer le monument aux morts d'Arras73.
Arras subit à nouveau des destructions durant la Seconde Guerre mondiale, mais dans une moindre proportion par rapport à l'anéantissement après 1914-1918. Le 21 août 1941, pour la première fois à Arras, des prisonniers de la citadelle sont fusillés par les Allemands74. Le 29 avril 1942, la Résistance lance un coup de main sur l'immeuble de la Gestapo à Arras74. Le 4 juillet 1942, les cheminots Eugène d'Hallendre et Lucien Delassus rencontrent à Arras Roland Farjon, responsable pour le Nord du réseau de résistance Organisation civile et militaire (OCM), dans le but de l'implantation du réseau dans la région75.
De 1945 à 1975, le député SFIO et à plusieurs reprises président du Conseil Guy Mollet est le maire de la ville. Sous ses mandats, Arras s'équipe en édifices publics majeurs, notamment une nouvelle mairie, quatre lycées généraux et deux lycées professionnels. Néanmoins, la ville peine à tirer son épingle du jeu sur le plan économique et demeure éclipsée par l'attractivité du puissant bassin minier et la métropole lilloise. L'industrie arrageoise décline, le commerce également.
Le renouveau de la ville s'amorce dans les années 1990, alors que le bassin minier s'enfonce dans la crise de la désindustrialisation. Arras est choisie pour accueillir la direction de la nouvelle université d'Artois, elle bénéficie également d'une desserte TGV liée à la proximité de la LGV Nord. Arras développe ses activités de services autour du commerce de proximité et du tourisme : l'ouverture de la Carrière Wellington en 2008 annonce la réorientation de l'activité vers le tourisme de mémoire. Les zones industrielles amorcent leur renouveau en mettant l'accent sur l'agro-alimentaire et la confection de produits finis à haute valeur ajoutée (usine Häagen-Dazs) et la logistique.
Article détaillé : Liste des villes fortifiées de la Région Nord Pas-de-Calais.
De nombreuses unités militaires ont tenu garnison à Arras : en 1906 (33e régiment d’infanterie, 1er bataillon du génie, 2e bataillon du génie, 3e bataillon du génie, 5e régiment d'infanterie territoriale) puis le 16e bataillon de chasseurs à pied, le 7e régiment de chasseurs d’Arras (1964-1993), le 233e régiment d'infanterie, le 525e régiment du train, le 601e régiment de circulation routière de janvier 1994 à 2009 et le 625e régiment de circulation routière.
Article détaillé : Liste des monuments historiques d'Arras.
Arras est membre du Réseau des sites majeurs de Vauban. Elle compte 225 monuments classés ou inscrits aux monuments historiques, ce qui fait d'elle la 7e ville française en nombre de monuments, équivalent à ceux de Rouen et Strasbourg. L'importance de ce nombre est due au classement de chaque façade de ses deux places principales.
Liste complète des Monuments historiques à Arras
La place des Héros, la rue de la Taillerie et la Grand'Place forment un ensemble monumental extraordinaire, unique en Europe. Dans leur tracé actuel, ces places existent depuis sept siècles. Mais au XVIIe siècle, les échevins décidèrent de reconstruire, en les harmonisant, les maisons des deux places. Ils prirent modèle sur une maison gothique du XVe siècle, que l'on peut encore voir, au fond de la Grand'Place au no 47, avec ses quatre piliers monolithes supportant trois arcades ogivales, ses deux pignons supérieurs à la flamande, en gradins dits pas de moineaux. Selon le style du XVIIe siècle, les arcades s'arrondirent, les gradins s'assouplirent en volutes renversées, c'est le pignon à volutes, percé d'une lucarne ronde dans sa partie haute, le pigeonnier, et surmontées d'un petit fronton arrondie. Ces places forment ainsi des décors d'une grande harmonie ; chaque façade est ornée d'une gerbe de blé stylisée et porte un détail de sculpture qui la distingue de ses voisines153.
Le beffroi de l'hôtel de ville fut construit entre 1463 et 1554. Il fut reconstruit en 1833 afin de corriger les erreurs de conceptions qui auraient pu mener à son écroulement154. Ce fut alors l'occasion de mettre en avant le style architectural très présent à l'époque : le néo-gothique. Détruit par l'artillerie allemande pendant la Première Guerre mondiale, il fut reconstruit à l'identique du beffroi originel, sans les modifications du XIXe, après la guerre. Depuis le 15 juillet 2005, le beffroi d'Arras est classé au patrimoine de l'humanité par l'Unesco avec 22 autres beffrois de France et de Belgique155.
Le marché de Noël a lieu sur la Grand'Place tout le mois de décembre et l’un des plus fréquentés et est considéré comme le plus apprécié de la région devant ceux d’Amiens et Lille156.
L’abbaye Saint-Vaast et la cathédrale.
L’immense abbaye Saint-Vaast reconstruite au XVIIIe siècle en architecture classique abrite aujourd'hui le musée des Beaux-Arts d'Arras et la médiathèque municipale. Elle fut fondée au VIIe siècle, lorsque l'évêque Aubert fit transporter le corps de saint Vaast dans une chapelle située au bord de la rivière Crinchon. Ainsi naquit le monastère, qui devint bénédictin au Xe siècle. L'église abbatiale est devenue la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast après que l'ancienne cathédrale Notre-Dame-en-Cité fut détruite sous la Révolution en même temps que de nombreuses églises de la ville qui ont subi le même sort157. Subsiste aussi le portail de l'abbaye Sainte-Claire, inscrit aux Monuments historiques158.
La basse-ville constitue le quartier qui relie la ville à la citadelle. Il s'ordonne autour de la place Victor-Hugo, construite en 1756 sur un plan octogonal au centre de laquelle a été placé un obélisque.
La « maison Wetz d'Amain », sur la place principale, est un édifice des plus typiques de la ville d'Arras. On y retrouve le pignon à pas de moineaux, le portail en briques et pierres de facture classique, mais également une tourelle hexagonale.
La citadelle fut construite entre 1668 et 1672 comme élément de défense du « pré carré » voulu par Vauban, destiné à protéger le royaume contre les invasions des Pays-Bas espagnols. Toutefois, en raison de sa position en deuxième ligne de défense, elle ne fut jamais attaquée et fut donc surnommée « la belle inutile »159. La citadelle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis le 8 juillet 2008160. Elle accueille en juillet depuis 2010 le Main Square Festival, qui tire son nom anglicisé de la Grand’Place où avaient lieu les précédentes éditions.
Dans les boves (souterrains).
Des souterrains, appelés les boves, sont creusés à partir du IXe siècle, dans un premier temps pour exploiter la craie blanche et construire les églises et les remparts de la ville. Au XIIe siècle, ils sont reconvertis en lieu de stockage par des marchands et servent de liens entre les caves des maisons. Lors de la Grande Guerre, avant la bataille d'Arras (1917), 24 000 soldats de l'Empire britannique s'y installent après avoir entrepris des travaux de raccordement des diverses caves et galeries. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des habitants s'y réfugient pour se cacher des bombardements (voir aussi l'article « Carrière Wellington »). Situés à 12 mètres sous la surface, les boves font une vingtaine de kilomètres ; la température y est de 11 °C et le taux d'hygrométrie de 80 %. Ils se visitent depuis les sous-sol de l'office du tourisme d'Arras, installé dans l'hôtel de ville161.
Le cimetière municipal est créé dans les années 1790-1800.
À l'entrée nord de la ville s'est constitué depuis 2005 un pôle destiné aux loisirs.
Cet ensemble se compose de « Cité Nature », musée consacré aux sciences, notamment axé sur les secrets de l'alimentation, de la science et de la nature dans une ancienne friche industrielle réaménagée par Jean Nouvel en 2005 sur 2 500 m2 d'exposition permanente, 1 600 m2 d'exposition temporaire et de 15 000 m2 de jardins en bord de Scarpe.
Jouxtant le musée « Cité Nature », le centre balnéoludique « L'Aquarena » a vu le jour en 2012. Réalisé par l'architecte Alain Sarfati, cet imposant bâtiment à l'architecture futuriste surmonté d'une énorme « perle noire » est à la fois un espace de loisirs avec piscines ludiques, toboggan, rivières, et centre de remise en forme grâce à un espace consacré aux hammams, saunas, fitness et institut de beauté, le tout intégré dans un espace vert de 8 000 m2. Cette base de loisirs, qui accueille également le bowling depuis 2010, est amenée à être vivante avec son esplanade de 15 000 m2, et pourra accueillir différentes manifestations (fêtes foraines, cirques…)162.
Arras possède un théâtre à l’italienne daté de 1785 et rénové en 2004-2007163 qui présente la particularité de proposer plusieurs salles: une salle à l'italienne, une salle de concert et un plateau plus contemporain au sous-sol, ainsi que des compagnies de théâtre professionnelles et des espaces de diffusion culturelle (Le quai de la batterie). Le théâtre d'Arras abrite avec l’Hippodrome de Douai la scène nationale appelée Tandem Arras-Douai.
Le Casino est une salle de spectacle d'une capacité de 1 111 places située en plein centre-ville et qui accueille des concerts, des spectacles de variété grand public, des pièces de théâtre de boulevard, des orchestres de musique classique, des spectacles de danse ainsi que des conférences.
L'Hôtel de Guines est un ancien hôtel particulier datant du XVIIIe siècle, réhabilité en Maison Folie à l’occasion de Lille 2004. Il accueille spectacles lyriques et dramatiques, quatuors et musiques de chambre dans une petite salle d’une centaine de personnes. La cour intérieure de l’hôtel offre un espace propice aux évènements en plein air pendant la belle saison, lieu de découverte et de convivialité entre les résidents et les artistes, conformément à l'esprit des Maisons Folies.
Le cinéma Noroit n'est plus en activité depuis une dizaine d'années[Quand ?]. Un complexe de six salles de cinéma appelé « Cinémovida » (racheté par Megarama en 2019) a vu le jour en plein centre-ville en 2004164 sur le site d'un ancien cinéma de la Grand’Place qui a été réhabilité, choix préféré par la municipalité à la création d’un complexe cinématographique en périphérie de ville. Ce cinéma propose les grandes sorties nationales ainsi qu'une programmation art et essai, et en partenariat avec Plan-Séquence il organise le Festival international du film d'Arras au mois de novembre.
Présentes autrefois dans l'espace public arrageois, des sculptures rendant hommage à Eugène-Émile Lenglet (1880) et Adolphe Lenglet (1905, par l'architecte Henri Guillaume et le sculpteur Henri Gauquié) ont depuis disparu165,166.
Le musée des beaux-arts d'Arras est situé dans l'ancienne abbaye Saint-Vaast. Il rassemble des sculptures, des objets d'art et des collections de peinture : œuvres des écoles flamande et hollandaise, italienne et française. La ville d’Arras a signé le 5 juillet 2011 à Versailles un partenariat qui l'unit pour une décennie à l'Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles s’offrant ainsi une collaboration qui doit apporter au musée des beaux-arts une dimension royale. La convention prévoit en effet des expositions qui se dérouleront sur une période de douze à vingt quatre mois au musée arrageois où Versailles s’engage à décentraliser des ensembles cohérents et thématiques de biens culturels conservés dans les collections historiques des châteaux de Versailles et du Trianon.
La carrière Wellington est un site touristique à Arras retraçant l'histoire de la bataille d'Arras de 1917. Ce musée, ouvert au public le 1er mars 2008, permet aux visiteurs de découvrir le réseau de galeries souterraines qui a joué un rôle majeur dans la prise des lignes ennemies et a permis d'épargner la vie à de nombreux soldats en passant par le sous-sol.
Article connexe : Liste des géants du Nord de la France.
Comme de nombreuses villes de la région Nord - Pas-de-Calais, Arras possède ses géants, Colas et Jacqueline, et leur fils Dédé167. À l'été 2015, un quatrième géant a rejoint définitivement la famille, l'ami Bidasse168.
Depuis 2015, le festival Atrebatia, organisé par l’association Guilde de Dol Hrokr, a lieu au mois de février et concerne les escales imaginaires169. Depuis 2019, un festival du livre jeunesse a lieu conjointement.
Les spécialités gastronomiques d'Arras sont nombreuses : les cœurs en chocolat, l'andouillette, le coquelet à la bière, la flamiche, le gâteau artésien, les bonbons de l'ami Bidasse170.
Les cœurs en chocolat : au XIIe siècle, Emma Crespin dont les armoiries de la famille ont comme pièces principales des cœurs, possède un moulin sur le Crinchon (aujourd'hui rivière souterraine) au centre d'Arras et fabrique des pâtisseries en forme de cœur. Au XVIIe siècle, les cœurs en pain d'épices deviennent les « cœurs d'Arras ». Depuis les années 1950, ils sont fabriqués en chocolat et leur succès est considérable171.
Le cœur d'Arras est aussi un fromage, de type à pâte molle à croûte lavée, de la famille des maroilles, ressemblant plutôt au vieux-lille sinon la forme.
Depuis le Moyen Âge, des artisans charcutiers perpétuent la recette traditionnelle de l’andouillette d’Arras, élaborée à partir de fraise de veau préparée à la main172. L'andouillette d'Arras possède sa confrérie et sa fête annuelle173.
Le marché alimentaire du samedi matin se déroule place des Héros, place de la Vacquerie et quelques rues attenantes. Il s’agit de l’un des plus importants de la région avec une centaine de commerçants
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Une Route près d'Arras, Les Chaumières |
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Article détaillé : Liste de personnalités liées à Arras.
Maximilien de Robespierre.
Parmi les nombreuses personnalités liées à Arras figurent en particulier :
Jean Bodel (ou Jehan Bodel) (1165-1210), trouvère, auteur de chansons de geste en ancien français, a vécu à Arras ;
Moniot d'Arras (fl. 1213-1239), trouvère, auteur de la fameuse chanson Ce fut en mai ;
Adam de la Halle (1240-1287), trouvère de langue picarde, né à Arras ;
Antoine de Févin (1470-1512), compositeur ;
Maximilien de Robespierre (1758-1794), célèbre révolutionnaire, né à Arras ;
Jean-Charles-Joseph Laumond (1753-1825), consul, préfet, conseiller d'État et directeur général des mines ;
Joseph Le Bon (1765-1795), maire d’Arras et député, envoyé en mission de la Convention nationale, né à Arras ;
Eugène-François Vidocq (1775-1857), aventurier et détective, né le 24 juillet 1775 au 222, rue du Miroir-de-Venise à Arras dans une maison voisine de celle où Robespierre était né ;
Bon Joseph Lallart, (1779 à Arras -1848 à Gommecourt), maire d'Arras (1816-1821) et député.
Édouard Hachin (1808-1891), poète, chansonnier, vaudevilliste, goguettier, né à Arras ;
Constant Dutilleux (1807-1865), peintre, dessinateur et graveur, habitait Arras, inhumé au cimetière d'Arras181 ;
François Flameng (1856-1923), peintre, graveur, illustrateur, réalisa des croquis et dessins des événements sanglants d'Arras ;
Maurice Louis Bandeville (1877-1953) est un homme de lettres, publiciste et sportif, né à Arras.
André Barbier (1883-1870), peintre impressionniste et ami de Claude Monet, né à Arras ;
Lucien Gaudin (1886-1934), escrimeur, quatre fois champion olympique, né à Arras ;
Pierre Jean Jouve (1887-1976), écrivain, poète, romancier et critique, né à Arras ;
Louise Weiss (1893-1983), journaliste, écrivain, féministe et femme politique, née à Arras ;
Marietta Martin (1902-1944), écrivain et résistante ;
Berthe Warret (1904-1944), résistante, exécutée
Guy Mollet, (1905-1975), homme politique, président du Conseil sous la IVe République, ancien maire d'Arras, inhumé au cimetière d'Arras181 ;
René Huyghe (1906-1997), écrivain, conservateur du musée du Louvre, académicien, né à Arras ;
Violette Leduc (1907-1972), romancière, née à Arras ;
Jean-François Spault, ancien footballeur français, est né à Arras ;
Ugo Bernalicis, député La France insoumise est né à Arras,
Norman Thavaud.
Norman Thavaud (1987-), web-humoriste, né à Arras ;
Pascal Canfin (1974-), homme politique, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement au sein du Gouvernement Ayrault, né à Arras ;
Timothée Kolodziejczak (1991-), footballeur, né à Arras ;
Eva Barois de Caevel, commissaire d'exposition indépendante, critique d'art et éditrice française, née à Arras en 1989 ;
Clément Rémiens, acteur français, né en1997, a étudié au lycée Guy-Mollet d'Arras ;
Jean-Louis Fournier écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né en 1938, a grandi à Arras ;
Vincent Cassel, acteur, réalisateur et producteur français né en 1966, a inauguré la rue Eugène-François Vidocq ;
Anne Peichert, dite Louane, née en 1996, chanteuse, musicienne et actrice française a fait une partie de ses études au lycée Baudimont Saint-Charles ;
Jean Douchet,cinéaste, critique et historien du cinéma français est né à Arras en 1929, mort en 2019 à Paris ;
Bruno-René Huchez, producteur et distributeur des dessins animés japonais des années 1980, né en 1943 à Arras et mort en 2016 à Paris ;
Frédéric Hermel, journaliste sportif, y est né en 1970.
Parmi les personnalités qui ont séjourné à Arras figurent :
Joseph Ignace Guillotin (1738-1814), médecin chef de l'hôpital Saint-Vaast d'Arras sous le Ier Empire ;
Camille Corot (1796-1875), peintre, possédait un atelier à Arras ;
Paul Verlaine (1844-1896), poète, séjourna à Arras pour visiter sa mère. Ses parents s'y étaient mariés en 1831, sa mère étant originaire d'un village voisin, Fampoux. Après la mort de son mari, la veuve revient vivre à Arras, impasse d'Elbronne, où son fils vient régulièrement la voir, s'y réfugiant même après la Commune de Paris. Verlaine y écrit, prisant le café Sanpeur, place du Théâtre. Il décrit Arras dans le texte Vieille Ville, tandis qu'un crucifix de l'église Saint-Géry lui inspire le poème Le Crucifix. Une plaque lui rend hommage 55 rue d'Amiens, au croisement avec l'impasse d'Elbronne, devant laquelle un panneau historique est aussi installé182,183 ;
Philippe Pétain (1856-1951), colonel du 33e régiment d'infanterie à Arras en 1910, à la caserne Schramm ;
Charles de Gaulle (1890-1970), lieutenant à Arras sous le commandement de Philippe Pétain ;
Raymond Poincaré a visité la ville et l'agglomération en 1916184 ;
Jacques Chirac et Aleksander Kwasniewski ont organisé un sommet franco-polonais à Arras en 2005
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L
’histoire de cette place se confond avec celle d’Arras. Au début du XVIIe siècle, après en avoir obtenu l’autorisation, Arras fit construire un port intérieur. En effet, jusque-là, la Scarpe n’était navigable que jusqu’à Douai. D’énormes travaux débutent en 1605 (les bateaux devaient franchir les murailles pour arriver dans le port) et quinze ans plus tard, le premier bateau pénètre dans le port d’Arras. Devenu obsolète, il sera comblé à la fin du XIXe siècle. Rue du Coclipas, deux enseignes avec des ancres et des navires rappellent cette ancienne activité portuaire. Sur cette place se trouve l’hospice Saint-Eloi, fondé au XVIIe siècle par un orfèvre : Robert Leriche. La légende raconte qu’il aurait perdu ses quatorze enfants lors d’une épidémie et que ce drame l’aurait décidé à consacrer sa fortune aux plus démunis. La maison voisine date du XVIIIe siècle. Elle fut construite par un riche marchand maritime et habillée d’un balcon nautique le siècle suivant.
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La famille des géants d’Arras s’agrandit avec la première sortie publique du « petit » dernier ce 14 juillet : un jouteur, en hommage à l’investissement de la plus ancienne association de la cité. On vous dévoile tous ses secrets.
Le nouveau géant d’Arras mesure 4,35 mètres. Et même six mètres quand il est équipé de sa lance, pour ses sorties sur les pavés arrageois. Après son baptême, il rejoindra sa famille au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, composée aujourd’hui des parents Colas et Jacqueline, de leur enfant Dédé et de l’adopté l’Ami Bidasse. Ce dernier sera légèrement plus grand que le jouteur, puisqu’il s’élève à 4,50 mètres avec son képi.
La Société des jouteurs d’Arras a été créée le 12 juillet 1812. Elle est membre de la Fédé
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10 Nov 2022 Isabelle Duvivier
Visionnaire et sale gosse, fascinant et déroutant, attachant et insolent, à la poursuite de la gloire, d’un ailleurs, d’un autre, d’un repas… Arthur Rimbaud, ce voleur de feu, est un gamin aux fulgurances déconcertantes et magnifiques, mais avec une âme aimantée à l’enfer. Ses poésies, ses fugues, son compagnonnage amoureux avec Verlaine, ses exils toujours plus lointains, son renoncement à écrire à peine vingt ans passés, jusqu’aux armes et aux camelotes échangées sur les pistes d’Harar … Tout semble une course folle pour fuir une souffrance abyssale. Lorsqu’il meurt à Marseille à 37 ans, il a déjà épuisé cent vies, mais en a-t-il aimé une seule ?
De Charleville au désert d’Éthiopie, l’homme aux semelles de vent comme l’écrit Verlaine a pris tous les chemins possibles de la liberté dont un qui le mènera deux fois à Douai… Douai où commence, peut-être, vraiment l’histoire.
Georges Izambard fut son professeur au collège de Charleville.
Sa première fugue pour Paris, le 29 août 1870, finit à la prison Mazas. Il n’a pas pu payer la totalité du billet du train. Le jeune adolescent demande de l’aide à Georges Izambard, son professeur de rhétorique au collège de Charleville, devenu un confident et un ami. Ce dernier envoie de l’argent et se porte garant du jeune Rimbaud. Libéré et escorté au train, il prend la direction de Douai où Georges Izambard est en congé d’été dans la maison familiale de ses tantes Gindre. Ses tantes « d’adoption ». C’est là, à l’actuel 309 de la rue de l’Abbaye des Près, qu’il résidera durant ses deux séjours et fêtera son 16e anniversaire, le 20 octobre 1870.
Sa mère, la «bouche d’ombre», comme il l’appelle, ne voit pas les choses comme cela. Elle insiste pour qu’Arthur revienne immédiatement. Georges Izambard prend la décision de le raccompagner lui-même en train à Charleville, trois semaines après son arrivée. Peine perdue. Il fugue à nouveau. Il cherche à rejoindre son professeur à Bruxelles où il sait qu’il doit se rendre chez un ami, Paul Durand. Izambard n’est pas là, mais le jeune Arthur, débrouillard, se fait nourrir, loger et habiller de pied en cap avant de repartir pour Douai où il débarque en octobre, à la surprise de tous. Le gamin « poudreux, boueux, faux-col sale, cravate en tordion » est métamorphosé. Le voilà « en faux-col à la mode, à coins cassés, plastronné d’une cravate en soie mordorée, d’un effet aveuglant ; un vrai dandy »…
Mais, une fois encore, Madame Rimbaud intervient et le fait rapatrier par les gendarmes, cette fois. Il n’aura donc passé que six semaines à Douai… Mais ses deux séjours vont avoir beaucoup plus d’importance qu’il n’y paraît.
« Il était grand, bien bâti, presque athlétique, au visage parfaitement ovale d’ange en exil, avec des cheveux châtain clair mal en ordre et des yeux d’un bleu pâle inquiétant » Paul Verlaine
Douai est un point de bascule. L’adolescent ne s’est pas seulement échappé de Charleville et de sa mère, il s’est échappé de l’enfance. Le jeune garçon apprend la débrouillardise, la désobéissance, la dureté de l’errance. La liberté aussi. Il veut tout et prend tout : être au chaud, dorloté. Être quelques jours garde national volontaire sur les remparts. Se promener « canne au vent » dans la vallée de la Sensée. Même être chroniqueur, un soir, pour une gazette locale. Il veut surtout être reconnu et publié. Et il pense qu’un homme, ici, va l’aider : Paul Demeny, ami de Georges Izambard, qui réside aussi à Douai. Il est co-directeur de la Librairie artistique à Paris et auteur d’un recueil qu’il vient de publier.
Rimbaud lui remettra en tout 22 poèmes, consignés lors de ces deux séjours, les fameux cahiers de Douai. Il les dépose chez lui, au 171 rue Jean de Bologne, juste avant son départ. Parmi ces feuillets figurent les emblématiques Dormeur du Val et Ma Bohème. Paul Demeny ne les détruira pas comme lui demande Rimbaud, un an plus tard… Mais il les laissera, longtemps, au fond d’un tiroir.
C’est à regret que Rimbaud quitte une dernière fois Douai laissant quelques vers griffonnés sur le seuil de la porte de la maison de la rue de l’Abbaye des Près… Quelques mots effacés, un jour, par des peintres et qu’on ne retrouvera jamais.
Douai, à l’automne 1870, est toujours une ville entourée de ses remparts. Une ville vivante, cossue, agréable à vivre qui a gardé des accents flamands. Et, même si la fosse Gayant est ouverte dès 1854, l’industrialisation minière n’a pas encore profondément modifié le paysage urbain.
Il découvre une cité traversée par la Scarpe, sillonnée de bateaux, de canaux et faite de « petites Venises » comme le décrit Henri Taisnes. Les maisons ont des escaliers qui descendent jusqu’à l’eau, telles qu’on peut encore les voir à l’arrière de la jolie place du marché aux Poissons. Oui, Arthur Rimbaud a eu tout le temps d’explorer les ruelles médiévales : celle de l’Enfer, des Minimes ou des Juifs que vous pouvez prendre à votre tour lors des visites organisées. Il a sans doute arpenté les rues anciennes comme celle du Pont à l’Herbe et son pittoresque passage Leborgne. Il a flâné le long des quais joliment fleuris aujourd’hui : quai du Petit Bail, quai des Augustins, quai Saint-Maurand, quai Desbordes…
Ils nous donnent envie de nous accouder à notre tour pour imaginer… Imaginer ce jeune adolescent qui, à quelques rues de là, à quelques rues seulement, nous laisse ces mots qui résonnent de notre enfance… « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; mon paletot aussi devenait idéal ».
PHOTOS
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DESSINS
TABLEAUX
| Les jouteurs sur le Darse / Acrylique | Le jardin Minette : Acrylique |
| Gilette FATOUX | Josiane WIART |
| taille : 60 x 80 cm | taille : 40x40cm |
| Le jardin Minelle, l'un des plus petits d'Arras n'en est pas moins l'un des plus charmants, et des plus animés en particulier par les colverts et les mouettes qui y ont élu domicile. |
| La porte royale de la citadelle / Pastel | Berges de la scarpe / Aquarelle sur collage |
| Josiane WIART | Yolanta ZIOLKOWSKI |
| taille encadré: 27x27cm | taille totale: 18x12cm |
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Surnommée "la belle inutile" elle fut construite sous Louis XIV par Vauban, ainsi placée elle *n'assurait une défense efficace face à l’envahisseur. N'était elle pas plutôt destinée à surveller les Arrageois? |
| La scarpe du pont Schuman / Aquarelle sur collage | La scarpe à Arras / Aquarelle vernie |
| Yolanta ZIOLKOWSKI | Christian GOURNAY |
| taille totale: 73x116cm | taille totale: 50x50 |
| Le nouveau cheminement pour entrer dans Arras en longeant la Scarpe |
Pour retour au choix des villages .............................